RappelPar Sheikh ‘Ali Ibn Zayd Al-Madkhali21 mai 202615 min de lecture

Ibn Qoudâmah : saisir la vie avant qu’elle ne passe

Un rappel autour de la recommandation d’Ibn Qoudâmah sur le temps, la santé, les bonnes œuvres, la science utile et la préparation de l’au-delà.

Par Sheikh ‘Ali Ibn Zayd Al-Madkhali

La vie du musulman n’est pas un simple passage sans direction. Elle est une occasion, une plantation, un commerce dont les véritables profits se récoltent dans l’au-delà.

À retenir

  • La santé, le temps libre et la jeunesse sont des bienfaits à utiliser avant qu’ils ne disparaissent.
  • Ce bas monde est une plantation : chaque bonne œuvre peut devenir une provision pour l’au-delà.
  • Le croyant doit apprendre, appliquer, appeler à Allah avec science, patienter et demander constamment l’aide d’Allah.

Introduction

Chaque jour donné par Allah est une possibilité de se rapprocher de Lui, d’augmenter ses bonnes œuvres, de corriger son intention, de rechercher la science utile et de préparer sa rencontre avec son Seigneur.

Parmi les grands rappels bénéfiques figure la recommandation de l’imam Ibn Qoudâmah al-Maqdisî, une exhortation profonde qui pousse le croyant à ne pas gaspiller sa santé, son temps libre, sa jeunesse et ses capacités.

Elle rappelle que ce bas monde est court, que la mort est certaine, et que l’intelligent est celui qui œuvre avant qu’il ne soit trop tard.

Mini biographie

Qui était Ibn Qoudâmah ?

Mouwaffaq ad-Dîn Abû Mouhammad ‘Abd Allah ibn Ahmad ibn Mouhammad ibn Qoudâmah al-Maqdisî est né en 541 de l’Hégire.

Il est issu d’une famille connue pour la science et la piété. À l’âge de dix ans, il émigra avec sa famille à Damas, où il mémorisa le noble Coran et étudia les sciences religieuses.

Il partit ensuite à Bagdad pour approfondir son apprentissage, puis enseigna longtemps dans la grande mosquée des Omeyyades.

Il est notamment connu comme l’auteur de grands ouvrages de jurisprudence, dont Al-Moughnî et Al-Kâfî. Ibn Taymiyyah a témoigné de son immense rang en affirmant qu’aucun juriste plus savant que Mouwaffaq ad-Dîn n’était venu en Syrie après Al-Awzâ‘î.

L’imam Adh-Dhahabî l’a décrit comme faisant partie des océans de science et des gens les plus intelligents de ce monde. Il était connu pour son intelligence, son courage, sa douceur, son ascétisme, ses bonnes mœurs et sa grande piété.

Son apparence même inspirait le respect : ceux qui le voyaient profitaient de son comportement avant même de l’entendre parler.

1. La vie est une occasion : il faut la saisir

Le premier grand rappel est clair : la vie est une opportunité qu’il ne faut pas laisser passer.

Le musulman ne doit pas attendre que la maladie, la vieillesse, les responsabilités ou les occupations viennent l’empêcher d’œuvrer. La santé et le temps libre sont deux bienfaits immenses, mais beaucoup de gens sont trompés à leur sujet.

Quand Allah donne la force, le temps et la capacité, il faut les utiliser dans ce qui rapproche de Lui.

Après la santé peut venir la maladie. Après le temps libre peut venir l’occupation. Après la jeunesse peut venir la faiblesse.

Celui qui repousse toujours l’action finit souvent par regretter ce qu’il aurait pu faire lorsqu’il en avait encore la capacité.

  • L’apprentissage de la religion.
  • La mémorisation du Coran.
  • Les bonnes œuvres.
  • Le rappel d’Allah.
  • La réforme de soi.
  • L’appel au bien.

2. Ce bas monde est la plantation de l’au-delà

Ce bas monde est décrit comme la plantation de l’au-delà.

Chaque œuvre accomplie ici-bas est comme une graine semée pour l’au-delà. Les bonnes paroles, les prières, les invocations, le rappel d’Allah, la recherche de la science, les actes de bien : tout cela devient une récolte auprès d’Allah.

Même certaines paroles très simples peuvent avoir un poids immense. Dire Soubhân Allah, Al-hamdoulillâh, Lâ ilâha illa Allah et Allâhou Akbar ne demande ni argent, ni effort physique important, ni long moment.

Pourtant, ces paroles font partie des plantations du Paradis.

Le croyant intelligent ne méprise donc aucune bonne action. Il comprend que chaque instant peut être transformé en provision pour l’au-delà.

3. Ne pas remettre les bonnes œuvres à plus tard

Le rappel revient plusieurs fois : si tu peux agir maintenant, agis.

Le croyant ne doit pas dire : “Je ferai plus tard.”

Car plus tard n’est pas garanti.

Allah invite les croyants à s’empresser vers le bien et à concourir vers Son pardon. Le Prophète ﷺ a également recommandé de se hâter pour certains actes d’adoration, car des obstacles peuvent apparaître.

Une personne peut aujourd’hui prier la nuit, jeûner, apprendre, lire, enseigner, aider, conseiller. Demain, elle peut être retenue par la maladie, la fatigue, les responsabilités ou la mort.

Celui qui avait l’habitude d’accomplir une bonne œuvre avec sincérité, puis en est empêché par une excuse valable, continue d’en recevoir la récompense par la grâce d’Allah.

Cela montre l’importance de construire dès maintenant des habitudes d’obéissance.

4. Corriger son intention et chercher l’aide d’Allah

Aucune réussite réelle ne vient uniquement de soi-même.

Celui qui veut apprendre, écrire, enseigner, conseiller ou appeler à Allah doit se désavouer de sa propre force et reconnaître son besoin total d’Allah.

La parole “Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh” fait partie des trésors du Paradis.

Le croyant ne doit pas se regarder comme autonome. Il ne réussit que si Allah l’aide, le guide, le raffermit et lui accorde la sincérité.

Plus il reconnaît sa pauvreté devant Allah, plus il ouvre la porte à l’aide divine.

5. Apprendre, appliquer, puis appeler à Allah

L’ordre juste est le suivant : apprendre, appliquer, appeler à Allah avec science, puis patienter.

Le musulman ne doit pas parler sans science, ni dépasser ses limites. Il cherche d’abord à comprendre ce qu’Allah veut de lui, puis ce que le Prophète ﷺ a enseigné.

La science religieuse éclaire le chemin. Elle permet d’avancer avec clairvoyance, de distinguer le vrai du faux, le prioritaire du secondaire, l’obligation du recommandé, l’interdit du permis.

Mais cette science demande effort et patience.

Le savoir ne s’obtient pas par le repos du corps, ni par la distraction permanente. Celui qui cherche uniquement le confort obtiendra peu, ou risque même de perdre ce qu’il a acquis.

6. Le téléphone et les distractions peuvent voler l’au-delà

Un rappel important concerne les distractions.

L’être humain peut se laisser absorber par son téléphone, ses rêves, ses projets mondains, ses ambitions matérielles ou ses discussions inutiles.

Il peut passer de longues heures à imaginer ce qu’il pourrait posséder, gagner ou construire, tout en oubliant le rappel d’Allah.

Le musulman ne doit pas oublier sa part de ce bas monde, mais son bas monde doit l’aider à obtenir l’au-delà, et non l’en détourner.

La distraction n’est pas toujours interdite en soi, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle vole le temps, affaiblit le cœur et retarde l’œuvre utile.

  • Est-ce que ce que je fais me rapproche d’Allah ?
  • Est-ce que cela me rend meilleur ?
  • Est-ce que cela m’aide à accomplir mes obligations ?
  • Est-ce que cela me détourne du Coran, de la prière, du rappel et des bonnes œuvres ?

7. Se visualiser au Paradis pour augmenter ses œuvres

Ibrâhîm at-Taymî s’est imaginé au Paradis, mangeant de ses fruits et profitant de ses bienfaits. Puis il s’est demandé : “Ô mon âme, que souhaiterais-tu de plus ?”

Son âme répondit qu’elle voudrait revenir dans ce bas monde pour accomplir davantage d’œuvres et gagner de plus hauts degrés.

Ce rappel est profond.

Même les gens du Paradis, lorsqu’ils verront les degrés élevés accordés à certains serviteurs, comprendront la valeur des œuvres qu’ils auraient pu accomplir davantage.

Le Paradis s’obtient par la miséricorde d’Allah, mais les degrés au Paradis sont liés aux œuvres, à la sincérité et à la piété.

Le musulman doit donc viser haut. Lorsqu’il demande le Paradis, il doit demander Al-Firdaws, le plus haut degré du Paradis.

8. Se visualiser en Enfer pour fuir les péchés

Ibrâhîm at-Taymî s’est aussi imaginé en Enfer, exposé à sa chaleur, à son eau bouillante et à son châtiment. Puis il s’est demandé : “Que souhaiterais-tu ?”

Son âme répondit qu’elle voudrait revenir dans ce bas monde pour accomplir des œuvres qui la délivreraient de cela.

Ce rappel remet l’homme face à la réalité.

Aujourd’hui, le croyant est encore dans le temps de l’action. Il peut prier, se repentir, demander pardon, abandonner ses péchés, corriger son comportement, réparer ses torts et revenir à Allah.

Mais après la mort, il n’y aura plus d’action.

Ce que les habitants de l’Enfer souhaiteront, c’est revenir pour faire le bien qu’ils ont délaissé. Mais ce retour ne leur sera pas accordé.

Le musulman doit donc agir tant qu’il est vivant.

9. Se rappeler la mort pour redevenir lucide

La mort n’est pas un sujet à fuir. Elle est une vérité certaine.

Le Prophète ﷺ a encouragé à visiter les tombes, car elles rappellent l’au-delà. Les tombes remettent chaque chose à sa place : richesse, statut, force physique, influence, intelligence et réputation ne suivent pas l’homme dans sa tombe.

Lorsque l’individu meurt, trois choses le suivent : sa famille, ses biens et ses œuvres.

Puis deux repartent : sa famille et ses biens. Une seule reste avec lui : ses œuvres.

Voilà pourquoi l’intelligent est celui qui se rappelle souvent la mort et se prépare le mieux pour ce qui vient après elle.

10. Ne pas se tromper sur la miséricorde d’Allah

Allah est Pardonneur et Miséricordieux. Mais Il est aussi sévère en punition.

Le croyant ne doit pas utiliser la miséricorde d’Allah comme excuse pour persister dans les péchés.

L’équilibre est nécessaire : espérer la miséricorde d’Allah, craindre Son châtiment, revenir à Lui, abandonner les péchés, accomplir les obligations et multiplier les bonnes œuvres.

Celui qui dit seulement “Allah est Pardonneur” tout en négligeant volontairement ses obligations se trompe lui-même.

La vraie espérance pousse à l’action. La fausse espérance pousse à la négligence.

11. Conseiller avec sagesse, douceur et sincérité

Un autre rappel important concerne la manière de conseiller.

Lorsqu’un frère ou une sœur demande une recommandation, il ne faut pas répondre avec précipitation ou légèreté. Il vaut mieux prendre le temps de réfléchir, relire, corriger, chercher dans les paroles des savants et transmettre ce qui est utile.

La circonspection vient d’Allah, tandis que la précipitation vient du diable.

Il ne convient pas de modifier les paroles des savants ou de s’attribuer ce qui ne vient pas de soi. Il faut transmettre avec loyauté et mentionner l’origine des recommandations lorsqu’elles proviennent d’autres personnes.

  • Sincère.
  • Précis.
  • Doux.
  • Sage.
  • Fidèle aux sources.
  • Honnête dans ce qu’il transmet.

12. Le rappel d’Allah donne de la force

Le rappel d’Allah n’est pas seulement une adoration de la langue. Il nourrit le cœur, renforce l’âme et donne de l’énergie au croyant.

Ibn Taymiyyah accordait une grande importance au dhikr après la prière du Fajr. Il disait que s’il délaissait ce moment, sa force disparaissait.

Lorsqu’une difficulté de compréhension lui apparaissait, il demandait pardon à Allah de nombreuses fois, jusqu’à ce qu’Allah lui ouvre la compréhension.

Cela montre que la force du croyant ne vient pas seulement de son intelligence, de son organisation ou de son effort personnel. Elle vient d’abord de son lien avec Allah.

Conclusion

La recommandation d’Ibn Qoudâmah est un appel direct à se réveiller.

La vie passe vite. Les jours disparaissent. La santé ne dure pas toujours. Le temps libre peut être remplacé par l’occupation. La jeunesse laisse place à la faiblesse. Et la mort viendra sans demander la permission.

Le musulman lucide ne doit donc pas vivre comme s’il allait rester éternellement ici-bas.

Il doit saisir son temps, corriger son intention, apprendre sa religion, accomplir les bonnes œuvres, se rappeler la mort, espérer le Paradis, craindre l’Enfer et demander constamment l’aide d’Allah.

Ce bas monde est court, mais il peut devenir immense s’il est utilisé pour l’au-delà.

Qu’Allah nous accorde une vie longue dans l’obéissance, une bonne fin, le pardon, le salut ici-bas et dans l’au-delà, et qu’Il nous place parmi ceux qui entendent le rappel et suivent ce qu’il contient de meilleur.

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