‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf : le riche reconnaissant parmi les Compagnons du Prophète ﷺ
Biographie et rappels autour de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, compagnon éminent, parmi les premiers convertis, les dix promis au Paradis, les gens de Badr, et modèle de richesse reconnaissante.
Aimer les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ fait partie de la croyance des gens de la Sounnah. Parmi eux se trouve ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, le riche reconnaissant : un homme de foi, de générosité, de science, d’humilité et de scrupule.
À retenir
- L’amour des Compagnons fait partie de la voie des gens de la Sounnah : on reconnaît leur mérite, on invoque pour eux et on s’abstient de parler des dissensions entre eux.
- ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf fut parmi les premiers convertis, parmi les dix promis au Paradis, parmi les gens de Badr et de l’allégeance d’ar-Ridwân.
- Sa richesse ne l’a pas rendu orgueilleux : il dépensait, maintenait les liens, aidait les pauvres, prêtait aux gens et faisait preuve de reconnaissance.
- Son exemple montre que l’ascétisme ne consiste pas seulement à ne rien posséder, mais à ne pas laisser le bas monde entrer dans le cœur.
- Malgré son rang, il demeura humble, craignit pour lui-même et refusa les responsabilités par scrupule face au poids des affaires des musulmans.
Introduction
L’amour des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ fait partie de la croyance des gens de la Sounnah et du groupe. Il est obligatoire de connaître leur statut, leurs mérites et la place qu’Allah leur a accordée, car ce sont eux qui ont porté cette religion et qui nous l’ont transmise après le Prophète ﷺ Mouhammad ﷺ.
Lire leurs biographies permet de les connaître, de les aimer et de prendre exemple sur eux. Celui qui aime les vertueux espère être ressuscité avec eux. Anas rapporte qu’un homme vint interroger le Prophète ﷺ et lui demanda : « Quand aura lieu l’Heure ? » Le Prophète ﷺ lui répondit : « Qu’as-tu préparé pour celle-ci ? » L’homme répondit : « Je n’ai pas préparé pour elle beaucoup d’œuvres, si ce n’est que j’aime Allah et Son Messager. » Le Prophète ﷺ lui dit alors : « L’homme sera avec celui qu’il aime. »
Anas dit alors : « Moi, j’aime le Prophète ﷺ, j’aime Abou Bakr et ‘Oumar, et j’espère être ressuscité parmi eux, même si je n’accomplis pas les mêmes œuvres qu’eux. »
Nous devons donc aimer les vertueux, et à leur tête le Messager d’Allah ﷺ, car il est le modèle, l’exemple à suivre et le Messager de cette communauté. Nous devons également aimer ses Compagnons, car Allah les a mentionnés dans Son Livre avec les plus nobles descriptions, et le Prophète ﷺ a attesté de leur mérite.
Le Prophète ﷺ a dit, dans le hadith de ‘Abd Allah ibn Mas‘oud rapporté dans les deux recueils authentiques : « Les meilleurs des gens sont ma génération, puis ceux qui les suivent, puis ceux qui les suivent. » Il s’agit des Compagnons, puis des Tâbi‘oun, puis de ceux qui ont suivi les Tâbi‘oun.
Lorsque l’on aime ces gens choisis par Allah pour accompagner Son Prophète ﷺ Mouhammad ﷺ, alors c’est une grande faveur.
Le juste milieu envers les Compagnons
La croyance envers les Compagnons doit être fondée sur le juste milieu : sans exagération à leur sujet et sans négligence à leur égard. Allah dit : « Et c’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté de juste milieu. »
Certaines personnes ont exagéré concernant les Compagnons, en particulier au sujet des membres de la famille du Prophète ﷺ, jusqu’à faire de ‘Ali, qu’Allah l’agrée, une divinité. De son vivant, ‘Ali les brûla par le feu : il creusa pour eux des fossés et les y jeta. Lui-même leur disait : « Ne dites pas une telle chose. Je ne suis qu’un serviteur ; je mange comme vous mangez. » Mais ils refusèrent, et ceci est un égarement.
Nous devons donc adopter la voie du juste milieu concernant les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ.
Abou Zour‘ah a dit : « Si vous voyez un homme rabaisser l’un des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ, sachez que c’est un zindiq. » Le zindiq est l’hypocrite. Il expliqua cela en disant que le Coran est vérité, la religion est vérité, et que tout cela nous est parvenu par l’intermédiaire des Compagnons. Ceux qui veulent critiquer les témoins de cette religion méritent davantage d’être critiqués ; ce sont des hypocrites.
Il ne faut donc prêter aucune oreille à celui qui critique un des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ, alors qu’Allah a fait leurs éloges.
Les Compagnons ne sont pas infaillibles. L’erreur peut venir d’eux. Mais ils restent les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ, et Allah les a honorés par la compagnie du Prophète ﷺ.
Un événement eut lieu entre Khâlid ibn al-Walîd, l’épée dégainée d’Allah, et ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, l’un des dix promis au Paradis. Khâlid prononça une parole que ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf détesta. Le Prophète ﷺ prit alors la défense de ‘Abd ar-Rahmân et dit à Khâlid : « N’insultez pas mes Compagnons ! Par Celui qui détient mon âme dans Sa Main, si l’un d’entre vous dépensait l’équivalent d’Ouhoud en or, cela n’atteindrait pas l’équivalent d’une poignée dépensée par l’un d’eux, ni même sa moitié. »
Khâlid lui-même était un Compagnon possédant un grand mérite. Le Prophète ﷺ prit aussi sa défense en disant : « Allez-vous délaisser mon compagnon ? » Mais dans cet événement, il défendit ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, en raison de son ancienneté dans l’Islam et de son rang.
La voie des gens de la Sounnah et du groupe consiste donc à aimer les Compagnons, à invoquer l’agrément d’Allah sur eux, à les évoquer d’une belle manière et à s’abstenir de parler des dissensions survenues entre eux.
Allah dit au sujet de ceux qui sont venus après les Émigrés et les Ansars : « Seigneur, pardonne-nous ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi, et ne mets dans nos cœurs aucune rancune envers ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux. »
Nous devons faire partie de ceux qui ont le cœur sain, pur, exempt de rancune, d’envie et d’animosité envers les croyants. Ceux-là sont les alliés d’Allah. Dans le hadith sacré, Allah dit : « Celui qui prend un de Mes alliés comme ennemi, Je lui déclare la guerre. »
Allah nous a ordonné de demander pardon pour les Compagnons. Comment pourrait-on ensuite porter atteinte à leur honneur ? Il ne convient pas de donner l’impression d’aimer un Compagnon puis de porter atteinte à un autre. Si l’un des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ devient ton adversaire, que feras-tu ? C’est une perdition et une destruction.
Il est rapporté d’Ibn ‘Abbâs que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Celui qui insulte mes Compagnons a sur lui la malédiction d’Allah, des anges et de tous les gens. »
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf : le riche reconnaissant
Parmi les Compagnons éminents du Messager d’Allah ﷺ se trouve ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, que certains salafs ont surnommé : le riche reconnaissant.
Allah l’avait enrichi dans ce bas monde, qu’Allah l’agrée. Il faisait partie des Banou Zouhrah, les oncles maternels du Prophète ﷺ.
Durant la période préislamique, il portait le nom de ‘Abd ‘Amr. Il est également rapporté dans certaines versions qu’il s’appelait ‘Abd al-Ka‘bah. Le Prophète ﷺ lui donna alors le nom de ‘Abd ar-Rahmân. Al-Hâkim rapporte d’après ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf qu’il a dit : « Mon nom durant la période préislamique était ‘Abd ‘Amr, et le Messager d’Allah ﷺ m’appela ‘Abd ar-Rahmân. »
Lorsqu’un nom est donné par le Messager d’Allah ﷺ, c’est une immense faveur.
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf eut aussi un récit avec Oumayyah ibn Khalaf, l’un des chefs de la mécréance à Qouraysh. Il existait entre eux un pacte : Oumayyah protégerait les proches et les biens de ‘Abd ar-Rahmân à La Mecque, et ‘Abd ar-Rahmân protégerait les proches et les biens d’Oumayyah à Médine.
Lorsque ‘Abd ar-Rahmân émigra après s’être converti, il émigra avec le Prophète ﷺ. Puis la bataille de Badr arriva.
Le Prophète ﷺ avait dit : « Celui qui tue quelqu’un a droit à son équipement. » Cela désignait l’équipement de guerre que possédait l’ennemi.
‘Abd ar-Rahmân avait donc pris des armures après avoir tué des polythéistes. Oumayyah ibn Khalaf se trouvait parmi ceux présents à cette guerre. Il lui dit alors : « Ne veux-tu pas quelque chose de meilleur que tes armures ? » ‘Abd ar-Rahmân lui demanda : « Quoi ? » Il répondit : « Moi. » Il voulait que ‘Abd ar-Rahmân le prenne prisonnier, afin de rester sous sa protection.
‘Abd ar-Rahmân captura donc Oumayyah et son fils ‘Ali. Il abandonna les armures, car il pensait avoir obtenu quelque chose de meilleur. Le Prophète ﷺ libéra ensuite des prisonniers en contrepartie de rançons ou en leur faisant enseigner la lecture, selon l’avis d’Abou Bakr concernant les prisonniers.
Mais Bilâl vit Oumayyah ibn Khalaf. Or Oumayyah avait torturé Bilâl à La Mecque, sous la chaleur du zénith. Il le faisait sortir au soleil, alors qu’il n’avait que de quoi couvrir sa nudité. Il l’exposait à la chaleur et plaçait une grande pierre sur son corps. Bilâl disait alors : « Il est Unique, Il est Unique. »
Lorsque Bilâl vit Oumayyah prisonnier auprès de ‘Abd ar-Rahmân, il dit : « C’est la tête de la mécréance. Que je ne sois pas sauvé s’il est sauvé. » ‘Abd ar-Rahmân disait : « Bilâl, il est mon prisonnier. » Mais Bilâl appela les Ansars et dit : « Ô vous qui secourez la cause d’Allah, c’est la tête de la mécréance, c’est Oumayyah ibn Khalaf. »
Les gens vinrent. Tous savaient ce qu’il avait fait aux Compagnons, particulièrement durant la période mecquoise, ainsi que les menaces qu’il avait proférées, même contre le Prophète ﷺ.
‘Abd ar-Rahmân voulut détourner leur attention vers le fils d’Oumayyah, mais ils tuèrent d’abord ‘Ali, puis Oumayyah lui-même. ‘Abd ar-Rahmân tenta de le protéger, mais ils introduisirent leurs épées sous lui et le tuèrent.
Allah voulut que cet homme soit tué, ainsi que son fils, pour ce qu’ils avaient fait aux Compagnons du Messager d’Allah ﷺ à La Mecque.
‘Abd ar-Rahmân disait ensuite : « Qu’Allah fasse miséricorde à Bilâl. Il me laissa avec mon armure et mon prisonnier. » Il ne prit ni l’armure ni le prisonnier.
Sa mère, sa naissance et ses traits physiques
La mère de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf était ash-Shifâ bint ‘Awf. Elle faisait partie des Compagnonnes : elle s’est convertie à l’Islam et a émigré. Ceci fut une grâce d’Allah sur elle et sur son fils, car Allah lui accorda la joie de voir sa mère devenir musulmane.
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf est né dix ans après la naissance du Prophète ﷺ.
Parmi ses traits physiques rapportés par les savants des biographies : il était blanc, avec un teint rosé, un beau visage, un teint doux, de grands yeux et il était beau. Il avait de longs cils, ce qui fait partie de la beauté. Il avait des mains larges et des doigts épais. Il ne changeait pas sa barbe ni ses cheveux, c’est-à-dire qu’il ne les teignait pas.
L’un des premiers convertis
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf fut l’un des huit premiers convertis à l’Islam. Il se convertit par l’intermédiaire d’Abou Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée.
Parmi les dix promis au Paradis, il est dit que cinq ou six se sont convertis par l’intermédiaire d’Abou Bakr. Voilà ce qu’est l’appel à l’Islam.
Lorsqu’une personne travaille avec quelqu’un qui n’est pas musulman, ou connaît quelqu’un qui n’est pas sur la religion de l’Islam, elle doit faire des efforts avec lui. Si Allah le guide par ton intermédiaire, chaque inclinaison qu’il accomplira et chaque prosternation qu’il fera pour Allah seront dans les balances de tes bonnes actions.
‘Abd ar-Rahmân entra en Islam avant que le Prophète ﷺ n’entre dans la maison d’Al-Arqam ibn Abî al-Arqam. Il fait également partie des six membres de la consultation désignés par ‘Oumar.
Il fut fortement persécuté à La Mecque, puis il émigra à Médine.
La fraternité avec Sa‘d ibn ar-Rabî‘
Lorsque les Émigrés arrivèrent à Médine, le Prophète ﷺ institua un lien de fraternité entre les Émigrés et les Ansars. Parmi eux, il établit une fraternité entre ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf et Sa‘d ibn ar-Rabî‘.
Au début, l’Émigré héritait de l’Ansâri en raison de cette fraternité. Puis Allah révéla : « À chacun de vous, Nous avons assigné des héritiers », et cette règle fut abrogée par les versets de l’héritage.
Lorsque ‘Abd ar-Rahmân arriva à Médine, Sa‘d ibn ar-Rabî‘ lui dit : « Ô ‘Abd ar-Rahmân, je suis parmi les Ansars les plus riches. Je vais donc t’attribuer la moitié de mes biens. Et j’ai deux épouses : je divorce l’une d’elles, regarde celle qui te plaît, jusqu’à ce que sa période de viduité prenne fin, qu’elle te soit licite et que tu l’épouses. »
‘Abd ar-Rahmân lui répondit : « Qu’Allah bénisse pour toi ta famille et tes biens. Indique-moi le marché. »
Il voulait subvenir à ses besoins sans être méprisable entre les mains des gens, en recevant de l’un et en étant privé par l’autre. Le Prophète ﷺ a dit : « La main supérieure est meilleure que la main inférieure. Et commence par ceux dont tu as la charge. »
Le hadith est rapporté dans l’Authentique d’al-Boukhari, avec plusieurs versions. Lorsqu’il revint de sa journée, ‘Abd ar-Rahmân revint avec du lait séché et de la graisse. Il était arrivé sans rien, ne possédant rien des affaires de ce bas monde, mais il partit au marché, vendit et acheta, et Allah l’enrichit.
Allah dit : « C’est Lui qui vous a facilité la vie sur terre. Parcourez donc ses contrées. »
Quelques jours plus tard, il se maria. Le Prophète ﷺ vit sur lui une trace de safran et lui demanda : « Qu’as-tu fait, ô ‘Abd ar-Rahmân ? » Il répondit : « Je me suis marié, ô Messager d’Allah. » Le Prophète ﷺ lui demanda : « Qu’est-ce que tu lui as donné en guise de dot ? » Il répondit : « Un noyau d’or. » Le Prophète ﷺ lui dit alors : « Organise un repas, même avec un seul mouton. »
Les jeunes doivent prêter attention au mariage. Le mariage préserve la chasteté et baisse le regard. Le Prophète ﷺ a recommandé : « Que celui d’entre vous qui a la capacité de se marier se marie. » Et celui qui ne peut pas doit jeûner, car le jeûne est pour lui une protection, il allège le désir chez l’homme comme chez la femme.
‘Abd ar-Rahmân ne s’est pas réjoui en disant que la moitié d’une fortune et une épouse lui venaient sur un plateau. Il n’a pas convoité le repos pour lui-même. Il a seulement dit : « Indiquez-moi le marché. » Il fit des efforts.
Il est rapporté : « Je vois un homme et son apparence me plaît. Puis, lorsque je questionne à son sujet et qu’on me dit qu’il n’a pas de travail, il chute à mes yeux. » Car il devient un fardeau pour les gens. L’individu doit faire ce qu’il peut et ne pas s’imposer ce qu’il ne peut pas assumer.
Le Messager d’Allah ﷺ fut interrogé : « Quel est le meilleur gagne-pain ? » Il répondit : « Le travail que l’homme réalise de ses propres mains, et tout commerce honnête. » Un commerce honnête est exempt de tromperie, de trahison et de vol.
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf était l’un des dix promis au Paradis. Il refusait de tendre la main à quiconque. Il savait avec certitude que ce qui était décrété lui parviendrait, mais il mettait les causes en œuvre, ce qui est indispensable.
Son savoir et sa foi
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf a rapporté des hadiths présents dans les deux recueils authentiques et ailleurs. Parmi les Compagnons ayant rapporté de lui, il y a Ibn ‘Abbâs, Ibn ‘Oumar et Anas ibn Mâlik.
Il avait une foi forte. Az-Zouhrî rapporte que le Messager d’Allah ﷺ donna de l’argent à un groupe de gens. ‘Abd ar-Rahmân se trouvait parmi eux, mais le Prophète ﷺ ne lui donna rien. Il sortit en pleurant. Il ne pleurait pas à cause de l’argent, mais il craignait que le Prophète ﷺ soit en colère contre lui.
Il disait : « Le Messager d’Allah donne à untel et untel, et moi je suis à côté de lui et il ne me donne pas. Il est peut-être fâché contre moi. »
‘Oumar le trouva et lui demanda ce qui le faisait pleurer. Il répondit : « Le Messager d’Allah a donné à un groupe dont je faisais partie, mais il ne m’a pas donné. » ‘Oumar informa le Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ répondit : « Je ne lui ai rien donné car je l’ai confié à sa foi. »
Cela montre la connaissance que le Prophète ﷺ avait de ses Compagnons.
‘Abd ar-Rahmân faisait partie des savants parmi les Compagnons. Lorsque ‘Oumar sortit vers la région du Shâm et que la peste d’Amwâs sévissait en l’an 18, il consulta les Ansars et les Émigrés : devait-il entrer dans cette terre ou revenir ? Certains lui recommandèrent d’y aller, d’autres de revenir.
‘Oumar décida de repartir. Abou ‘Oubaydah lui dit : « Fuis-tu du décret d’Allah ? » ‘Oumar répondit : « Si seulement un autre que toi avait dit cela, ô Abou ‘Oubaydah ! Oui, je fuis le décret d’Allah vers le décret d’Allah. »
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf était absent de cette assemblée. Lorsqu’il arriva, il dit : « J’ai un savoir sur ce sujet. J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : si vous entendez qu’elle sévit dans une terre, n’y allez pas ; et si elle se déclare là où vous êtes, ne sortez pas en la fuyant. » ‘Oumar loua alors Allah et s’en alla.
Il avait également connaissance du fait que le Messager d’Allah ﷺ avait pris le tribut des Mazdéens de Hajar. ‘Oumar n’avait pas encore pris le tribut des Mazdéens jusqu’à ce que ‘Abd ar-Rahmân témoigne que le Messager d’Allah ﷺ l’avait pris d’eux.
Un jour, ‘Oumar était assis avec Ibn ‘Abbâs et discutait. Il demanda s’il y avait quelque chose venant du Messager d’Allah ﷺ concernant ce que doit faire celui qui doute dans sa prière. Ibn ‘Abbâs ne répondit pas sans savoir. ‘Abd ar-Rahmân entra alors et dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : lorsque l’un d’entre vous doute dans sa prière et ne sait plus s’il a prié deux ou trois unités, qu’il considère avoir prié deux unités ; et s’il ne sait pas s’il a prié trois ou quatre unités, qu’il considère avoir prié trois unités. Puis qu’il se prosterne deux fois après avoir terminé sa prière, lorsqu’il est assis, avant de prononcer le salut. »
Cela montre son savoir.
Son combat aux côtés du Prophète ﷺ
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf combattit aux côtés du Prophète ﷺ dans toutes les batailles. Il assista à toutes les expéditions du Messager d’Allah ﷺ.
Le jour de la bataille d’Ouhoud, l’une de ses incisives fut brisée à la racine alors qu’il défendait le Prophète ﷺ et combattait les polythéistes. Il reçut de nombreuses blessures durant cette seule bataille. Il fut également frappé à la jambe par une épée et boitait.
Malgré cela, il entendait que ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf était au Paradis. Cela ne faisait qu’augmenter sa proximité d’Allah.
Ibn Sa‘d rapporte dans At-Tabaqât que le Prophète ﷺ appela ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf afin de l’envoyer à la tête d’une expédition de 700 combattants vers Doumah al-Jandal. ‘Abd ar-Rahmân se présenta avec un turban. Le Prophète ﷺ lui ôta ce turban, puis lui enroula un turban noir qu’il noua.
Cela montre la miséricorde du Prophète ﷺ envers ses Compagnons, sa douceur à leur égard. Allah dit : « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers. »
Lorsque ‘Abd ar-Rahmân se prépara, le Prophète ﷺ lui donna des recommandations : ne pas trahir, ne pas tuer d’enfant. ‘Abd ar-Rahmân partit et présenta l’Islam à la tribu durant trois jours. Dans une autre version, le Prophète ﷺ lui dit : « S’ils acceptent l’Islam, alors marie-toi à la fille de leur roi. »
Il s’agissait d’al-Asbagh al-Kalbî, chef de Banou Kalb à Doumah al-Jandal. Il était chrétien. ‘Abd ar-Rahmân leur présenta l’Islam durant trois jours et ils acceptèrent le troisième jour. Il épousa alors sa fille Tamâdour, suivant la recommandation du Prophète ﷺ, afin de créer un lien de parenté entre eux.
Elle émigra avec ‘Abd ar-Rahmân et rencontra le Prophète ﷺ. Elle fait donc partie des Compagnonnes. Elle donna naissance à Abou Salamah ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf.
Le Prophète ﷺ pria derrière lui
Parmi les particularités de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, il dirigea une prière dans laquelle le Prophète ﷺ pria derrière lui. C’est une faveur qu’il partage avec Abou Bakr as-Siddîq.
Il est rapporté qu’ils partirent pour l’expédition de Tabouk. Le Prophète ﷺ partit pour faire ses besoins, puis voulut faire ses ablutions, mais tarda. Il portait une tunique aux manches étroites et ne pouvait pas les relever pour les ablutions. Il retira donc la tunique qu’il portait, puis lava ses mains jusqu’aux coudes.
Cela rappelle l’importance de veiller correctement aux ablutions. Il ne convient pas de laver seulement jusqu’à la limite de la manche, car les ablutions sont sur lesquelles repose la prière.
Le Prophète ﷺ tarda. Les Compagnons se trouvaient à la deuxième unité de prière et avaient fait avancer ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf. Ils ne l’avaient fait avancer qu’en raison de son mérite.
Le Messager d’Allah ﷺ arriva durant une des deux unités. Il pria donc la dernière unité avec les gens. Lorsque ‘Abd ar-Rahmân salua, le Prophète ﷺ se leva pour compléter sa prière. Cela effraya les musulmans, qui se mirent à répéter de nombreux tasbîh.
Le Prophète ﷺ leur dit ensuite : « Vous avez bien fait. » Dans une autre version : « Vous avez vu juste. » Ils avaient voulu accomplir la prière à temps, afin que la prière de l’aube ne sorte pas de son temps.
Ibn Kathîr a mentionné que cela contient le mérite de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, car les Compagnons l’ont fait avancer pour diriger leur prière à la place du Prophète ﷺ. Le Messager d’Allah ﷺ pria derrière lui la seconde unité de la prière du Fajr lors d’un voyage. C’est un immense mérite.
Le faux récit de son entrée au Paradis en rampant
Un hadith est répandu chez certains prédicateurs : ‘Aishah aurait entendu un vacarme depuis sa chambre, un bruit qui faisait trembler Médine. Elle demanda ce que c’était. On lui répondit : « Ce sont les caravanes de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf qui arrivent, chargées de marchandises, de blé, d’orge et de biens de commerce. »
Elle aurait alors dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : j’ai vu ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf entrer au Paradis en rampant. » Dans une autre version : « en se traînant. »
Cette parole parvint à ‘Abd ar-Rahmân, qui alla voir ‘Aishah et la questionna. Elle lui raconta cela, et il aurait dit : « Je te prends à témoin que tout ce que ces caravanes portent comme marchandises et nourritures est consacré au sentier d’Allah. »
Mais ce hadith n’est pas authentique. L’imam Ahmad a dit : « C’est un hadith blâmable. » Ibn al-Jawzî a dit que ce type de faux hadiths est ce à quoi s’attachent les ignorants parmi les ascètes, qui pensent que l’argent empêche de devancer les autres dans le bien.
La richesse n’est pas blâmable en elle-même. Le Prophète ﷺ a dit à ‘Amr ibn al-‘Âs : « Quelle excellente richesse que celle se trouvant dans la main de l’homme croyant vertueux. »
Allah dit : « Croyez en Allah et en Son Messager, et dépensez une partie de ce dont Il vous a faits les dépositaires. Ceux d’entre vous qui croient et dépensent auront une énorme récompense. »
Celui qui possède de la richesse, dépense et se montre généreux a une immense récompense.
Le Prophète ﷺ a dit : « Ce bas monde n’est destiné qu’à quatre types de personnes. » Il mentionna l’homme à qui Allah a donné des biens et de la science : il dépense ses biens pour satisfaire Allah, maintient ses liens de parenté et sait qu’Allah a un droit sur ces biens. Celui-là est au meilleur des rangs.
Puis il mentionna l’homme à qui Allah a donné de la science mais pas de biens. Il dit : « Si j’avais des biens, j’accomplirais les mêmes œuvres qu’untel. » Le Prophète ﷺ dit : « Leur récompense est identique. »
Celui qui n’a que peu de biens doit donc avoir une intention sincère. S’il se dit sincèrement : « Si j’avais eu des biens, j’aurais soulagé l’affliction d’untel, j’aurais dissipé sa difficulté », il peut obtenir par la permission d’Allah une grande récompense.
Allah place la bénédiction dans la dépense. Le Prophète ﷺ rapporte qu’Allah a dit : « Ô fils d’Adam, dépense, Je dépenserai pour toi. » C’est une promesse d’Allah, et Allah ne manque pas à Sa promesse.
Allah dit aussi : « Et tout ce que vous dépensez, Il le remplacera. » Ce verset comporte une incitation à dépenser dans les voies du bien et annonce une compensation par la grâce d’Allah.
Le récit selon lequel ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf entrerait au Paradis en rampant est donc une parole inventée, sans fondement. Il est établi dans le Livre et la Sounnah que les meilleurs de la communauté sont les gens de Badr, puis ceux de l’allégeance d’ar-Ridwân, et les dix Compagnons promis au Paradis sont supérieurs aux autres.
Or ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf fait partie des dix promis au Paradis, des gens de Badr et des gens de l’allégeance d’ar-Ridwân.
Il est vrai que celui qui possède des richesses sera interrogé au Jour de la Résurrection : d’où les a-t-il obtenues et dans quoi les a-t-il dépensées ? Cela le retardera dans le jugement. Les pauvres entreront au Paradis avant les riches, car les riches seront jugés. Mais dire qu’un des dix promis au Paradis entrera en rampant ne convient pas.
Le Prophète ﷺ a dit : « Abou Bakr est au Paradis, ‘Oumar est au Paradis », puis il dénombra les autres jusqu’à dire : « ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf est au Paradis. »
Il est aussi rapporté que Sa‘îd ibn Zayd, l’un des dix promis au Paradis, a dit : « Je témoigne que les neuf sont au Paradis. Et si je témoignais pour le dixième, je ne serais pas dans le péché. » On lui demanda comment. Il répondit qu’ils étaient avec le Messager d’Allah ﷺ sur la montagne de Hirâ, et que la montagne trembla. Le Prophète ﷺ dit : « Sois stable, Hirâ ! Car il n’y a sur toi qu’un prophète ﷺ, un véridique ou un martyr. » Parmi ceux qui se trouvaient sur cette montagne figurait ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf.
Il fait donc partie des tout premiers à avoir cru. Allah dit : « Et les tout premiers parmi les Émigrés et les Ansars, ainsi que ceux qui les ont suivis de la meilleure manière, Allah les a agréés et ils L’ont agréé. Et Il leur a préparé des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Voilà l’immense réussite. »
Parmi les gens de Badr et de l’allégeance d’ar-Ridwân
Parmi les mérites de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf figure le fait qu’il fait partie des gens de Badr.
Le Prophète ﷺ a dit : « Il se peut qu’Allah ait regardé les gens de Badr et ait dit : faites ce que vous voulez, le Paradis vous est dû. » Dans une autre version : « car Allah vous a pardonné. » Ce hadith se trouve dans al-Boukhari et Mouslim.
Il a également prêté allégeance sous l’arbre. Le Prophète ﷺ a dit dans le hadith de Jâbir : « N’entrera pas en Enfer quiconque a prêté allégeance sous l’arbre. »
Lorsqu’ils entendaient ces mérites, cela ne faisait qu’augmenter leurs œuvres pieuses. Le signe qu’une bonne œuvre est acceptée est une bonne œuvre qui la suit. Il ne faut donc pas se suffire de ce que l’on a accompli et dire : « C’est bon. » Qui sait ? Peut-être que l’homme aura une mauvaise fin. Il faut demander à Allah de raffermir les cœurs sur la vérité et la Sounnah jusqu’à Le rencontrer, et qu’Il conclue nos œuvres par les bonnes.
Sa générosité et son aumône
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf vendit une terre qu’il possédait à ‘Outhmân, le calife des musulmans, l’homme aux deux lumières, pour quarante mille dinars. Il distribua cet argent aux pauvres des Banou Zouhrah. Il commença donc par ses proches.
C’est ainsi qu’il convient d’agir. Chacun connaît parmi ses proches quelqu’un dans le besoin, dans la pauvreté ou dans la difficulté : une facture d’électricité ou autre. Celui qui aide ses proches obtient deux récompenses : celle du maintien des liens de parenté et celle de l’aumône.
Le diable attaque l’homme en lui disant : « Si tes proches apprennent que tu as de l’argent, ils t’éprouveront. » Mais celui qui dépense reçoit la bonne nouvelle d’un bien. Allah fera naître l’amour. Il sera parmi ceux qui maintiennent les liens, ceux qui dépensent et ceux qui font le bien.
Au Jour de la Résurrection, l’homme sera à l’ombre de son aumône jusqu’à ce que le jugement ait lieu entre les gens, comme l’a dit le Messager d’Allah ﷺ.
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf était également bon envers les Mères des Croyants. Al-Miswar ibn Makhramah rapporte qu’une part fut envoyée à l’une d’elles. Elle demanda : « Qui a envoyé cela ? » Puis elle dit : « Le Messager d’Allah ﷺ a dit : nul n’a de compassion envers vous après moi, sauf les endurants. Qu’Allah abreuve Ibn ‘Awf de Salsabil au Paradis. »
Dans une autre version : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur envers mes femmes après moi. »
‘Abd ar-Rahmân était très bon envers les Mères des Croyants, car elles ne sortaient pas de leurs maisons, chastes et pudiques.
Oum Salamah rapporte qu’elle a entendu le Messager d’Allah ﷺ dire à ses épouses : « Celui qui fera preuve de compassion envers vous après moi est véridique et loyal. Ô Allah, abreuve ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf de Salsabil au Paradis. »
‘Aishah rapporte également que le Prophète ﷺ disait : « Votre affaire m’importe après moi, et seuls les endurants patienteront avec vous. Qu’Allah abreuve ton père de Salsabil au Paradis. »
Il y a dans cela une preuve claire du mérite de l’aumône, de la bienfaisance, de la bonté envers les gens de la maison du Prophète ﷺ, ainsi que du mérite de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf.
Il est rapporté que le Prophète ﷺ l’appela « le maître des musulmans ». Ce texte a été mentionné par de nombreux savants, et beaucoup l’ont jugé authentique.
À l’époque de ‘Oumar, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf conduisait les gens au Hajj. Lui et ‘Outhmân gardaient aussi les épouses du Prophète ﷺ lorsqu’elles accomplissaient le Hajj : ‘Outhmân à l’avant, et ‘Abd ar-Rahmân à l’arrière, afin que personne ne s’approche des Mères des Croyants.
Sa crainte malgré sa richesse
Malgré ses biens, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf craignait pour lui-même que cela ne fasse partie d’un stratagème à son égard. Il lisait la parole d’Allah : « Nous allons les conduire graduellement vers leur perte. »
Bien qu’il savait qu’il faisait partie des dix promis au Paradis, il craignait pour lui-même. C’est ainsi que tout croyant et toute croyante doivent être : ils craignent pour eux-mêmes, car les cœurs se retournent.
L’invocation la plus fréquente du Prophète ﷺ était : « Ô Toi qui retournes les cœurs, raffermis mon cœur sur Ta religion. Ô Toi qui détournes les cœurs, détourne mon cœur vers Ton obéissance. »
Un jour, ‘Abd ar-Rahmân jeûnait. On lui apporta de la nourriture. Il était riche, possédait des biens et de la nourriture, mais il jeûnait. En voyant cette nourriture, il se rappela Mous‘ab ibn ‘Oumayr, qui fut tué alors qu’il était meilleur que lui, selon ses propres paroles. Mous‘ab fut enveloppé dans une tunique : si l’on couvrait ses pieds, sa tête apparaissait.
Mous‘ab ibn ‘Oumayr faisait partie des éminents Compagnons. Il était l’ambassadeur du Prophète ﷺ à Médine et enseignait le Coran aux habitants de Médine. Cela ne signifie pas qu’il était meilleur que ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf dans l’absolu, car les Compagnons ont des mérites différents, mais cela montre l’humilité de ‘Abd ar-Rahmân.
Il dit aussi : « Hamzah a été tué, et il est meilleur que moi. » Hamzah était le lion d’Allah, le lion de Son Messager, l’oncle du Prophète ﷺ et son frère de lait.
Puis il dit : « Il nous a été étalé de ce bas monde ce qui nous a été étalé, et il nous a été donné de ce bas monde ce qui nous a été donné. Nous craignons que la récompense de nos bonnes actions ait été hâtée pour nous ici-bas. » Puis il pleura jusqu’à laisser la nourriture, alors qu’il jeûnait et désirait cette nourriture.
Un jour, il s’assit avec des gens. Il revint avec eux chez lui, entra, se lava, sortit, s’assit avec eux, et leur apporta un grand récipient contenant du pain et de la viande. Lorsqu’on le posa devant lui, il pleura. On lui demanda : « Ô Abou Mouhammad, qu’est-ce qui te fait pleurer ? » Il répondit : « Le Messager d’Allah ﷺ a quitté ce bas monde, et ni lui ni sa famille n’ont pu se rassasier de pain d’orge. »
Les bienfaits que nous avons entre les mains doivent donc nous pousser à louer Allah et Le remercier. Lorsque les bienfaits sont remerciés, ils se maintiennent ; lorsqu’ils sont reniés, ils s’échappent.
‘Abd ar-Rahmân faisait partie des riches parmi les musulmans et parmi les Compagnons, mais il était reconnaissant.
Adh-Dhahabî rapporte dans Siyar a‘lâm an-noubalâ que les gens de Médine étaient à la charge de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, en raison de l’abondance de ses biens et du grand nombre d’habitants de Médine dans le besoin. À un tiers, il prêtait de l’argent ; avec un tiers, il s’acquittait de ses dettes ; et avec un tiers, il maintenait les liens.
Le bon prêt comporte un immense mérite. Si quelqu’un prête mille à une personne qui promet de les rendre dans dix jours, chaque jour de ces dix jours équivaut comme s’il avait donné mille en aumône. Si l’échéance arrive et que l’emprunteur demande un délai supplémentaire, chaque jour supplémentaire compte davantage. La grâce d’Allah est immense, puis l’argent revient à son propriétaire.
Au début de l’Islam, ‘Abd ar-Rahmân donna la moitié de ses biens en aumône. Lorsque le Prophète ﷺ appela à la dépense, il avait huit mille dinars : il en donna quatre mille et en garda quatre mille pour lui.
Certains disaient que cela était de l’ostentation. Allah révéla alors : « Ceux qui blâment les croyants qui donnent volontairement des aumônes… » Cela a été rapporté par at-Tabarî dans son exégèse.
Il est mentionné par certains spécialistes des biographies que ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf a affranchi trente mille foyers.
Malgré ce qu’il possédait, il était ascète. Ce bas monde n’avait pas pénétré son cœur ; il n’était que dans sa main et il le retournait. Il savait que l’argent n’est qu’un prêt d’Allah et qu’il ne part pas avec son propriétaire dans sa tombe. Les biens et les proches repartent, tandis que les œuvres restent.
Le riche peut-il être ascète ? Il fut demandé à l’un des savants si un homme possédant mille dinars pouvait être ascète. Il répondit : « Oui, à condition qu’il ne se réjouisse pas lorsqu’ils augmentent et qu’il ne s’attriste pas lorsqu’ils diminuent. » Il sait que cela vient de la volonté d’Allah : cela augmente par Sa grâce et diminue par Son ordre.
Le signe de l’ascétisme est la générosité avec ce que l’on possède.
Le Messager d’Allah ﷺ était le plus généreux des gens. Une femme lui offrit un manteau qu’elle avait tissé de ses mains. Le Prophète ﷺ entra chez lui alors qu’il en avait grandement besoin, puis ressortit en le portant. Un Compagnon le vit et dit : « Ô Messager d’Allah, couvre-moi avec ce vêtement. Donne-le-moi. » Le Prophète ﷺ entra à nouveau pour le retirer et le lui donner. Les Compagnons lui firent des reproches : « Tu sais bien qu’il ne repousse personne qui demande. Tu le lui demandes alors que tu sais qu’il en a besoin ? » Il répondit : « Par Allah, je ne l’ai demandé que pour qu’il soit mon linceul. » Et c’est ce qui arriva : il fut enveloppé dedans.
Cela montre la générosité du Messager d’Allah ﷺ.
Sa position auprès des Compagnons
Les Compagnons reconnaissaient à ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf sa position et son rang.
Lorsque ‘Abd ar-Rahmân mourut, ‘Ali ibn Abî Tâlib dit : « Tu as pris la pureté de cette vie, et tu as évité son trouble. » Ce bas monde ne l’avait pas distrait.
‘Ali lui dit aussi, comme cela est rapporté par Ibn Sa‘d dans At-Tabaqât et par Ibn Abî ‘Âsim dans As-Sounnah, qu’il était un homme de confiance pour les habitants du ciel et un homme de confiance pour les habitants de la terre.
Il était digne de confiance, ne trompait pas, et Allah lui accorda la bénédiction.
Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Allah a fait entrer au Paradis un homme qui était simple lorsqu’il vendait et lorsqu’il achetait. » Dans le hadith de Jâbir rapporté par al-Boukhari : « Qu’Allah fasse miséricorde à un homme indulgent lorsqu’il vend, indulgent lorsqu’il achète. »
Il faut donc être attentif dans le commerce, ne pas vouloir vendre à perte ni faire perdre les autres.
Son humilité
Il y eut un différend entre ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf et Talhah ibn ‘Oubayd Allah, alors que tous deux font partie des dix promis au Paradis.
Lorsque Talhah fut malade, ‘Abd ar-Rahmân alla lui rendre visite, car visiter un malade comporte une grande récompense. Le Prophète ﷺ a dit que celui qui rend visite à un malade le matin, soixante-dix mille anges prient pour lui jusqu’au soir ; et s’il lui rend visite le soir, soixante-dix mille anges prient pour lui jusqu’au matin.
‘Abd ar-Rahmân alla donc le voir. Talhah lui dit : « Par Allah, tu es, ô mon frère, meilleur que moi. » ‘Abd ar-Rahmân lui répondit : « Par Allah, c’est toi qui es le meilleur. » Talhah lui dit : « Si tu étais malade, j’en serais malade. »
Cela montre leur humilité, alors qu’ils étaient des gens de mérite et des gens de bien.
Malgré ce qu’il possédait, ‘Abd ar-Rahmân s’asseyait avec les gens et mangeait avec eux. Celui qui arrivait ne pouvait pas savoir qui était ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf parmi eux.
Ainsi était aussi notre Messager Mouhammad ﷺ. Un homme venait du désert, entrait dans la mosquée et disait : « Où est Mouhammad ? » Car le Messager d’Allah ﷺ ne se distinguait pas des autres.
Il faut donc mettre en pratique ce que l’on lit.
Son scrupule concernant le califat
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf faisait partie des six personnes que ‘Oumar désigna parmi les gens de la concertation pour le califat.
Trois se désistèrent, et il resta ‘Abd ar-Rahmân, ‘Ali et ‘Outhmân. ‘Abd ar-Rahmân dit alors : « Je me désiste pour vous. » Il ne voulait pas du califat.
Le califat lui fut proposé, mais il dit : « Par Allah, qu’un couteau me transperce d’un côté et ressorte de l’autre m’est plus facile que de devoir prendre en charge les affaires des gens. »
Lorsque la consultation fut réduite à ‘Ali et ‘Outhmân, il partit frapper à toutes les portes de Médine, interrogeant les membres des foyers et les décideurs légitimes, jusqu’à constater que la majorité voulait ‘Outhmân.
Parmi les six hommes de la consultation se trouvait aussi l’un de ses proches de Banou Zouhrah : Sa‘d ibn Abî Waqqâs. S’il avait fait preuve de favoritisme, il aurait donné le califat à son proche. Mais il ne le fit pas.
Lorsque ‘Outhmân saigna du nez et craignit pour lui-même, on lui demanda de désigner son successeur. Il désigna ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf. On alla l’informer : « Bonne nouvelle ! » Il demanda : « Quelle est-elle ? » On lui répondit : « ‘Outhmân t’a désigné après lui. »
‘Abd ar-Rahmân alla alors entre la tombe du Prophète ﷺ et son minbar, puis dit : « Ô Allah, si ‘Outhmân m’a désigné pour cette affaire, fais-moi mourir avant lui. » Il ne vécut que six mois, puis Allah le reprit.
Cela faisait partie de son scrupule et de sa crainte de porter la responsabilité des affaires des musulmans.
Sa maladie, sa famille et ce qu’il laissa
Durant la maladie dans laquelle il mourut, les gens crurent que son âme avait quitté son corps. Ses enfants et sa famille le couvrirent. Puis il prononça le takbîr, et les membres de la maison prononcèrent le takbîr.
Il leur demanda : « J’ai perdu connaissance il y a peu ? » Ils répondirent que oui. Il dit : « Deux hommes sont partis avec moi alors que j’avais perdu connaissance. Ils étaient durs et brusques. Ils dirent : pars, nous allons confier ton jugement au Puissant, au Fidèle. Ils partirent avec moi jusqu’à rencontrer un homme qui dit : où allez-vous avec lui ? Ils répondirent : nous allons confier son jugement au Puissant, au Fidèle. Il dit alors : repartez, car il fait partie de ceux pour qui Allah a décrété le bonheur et le pardon dans le ventre de leur mère, et ses enfants profiteront de lui jusqu’à ce qu’Allah en décide autrement. »
Il vécut un mois après cette perte de connaissance.
Allah lui donna une famille : vingt garçons et huit filles. Allah lui accorda une mention honorable dans la postérité. Il était bon envers ses épouses et ses enfants.
‘Ourwah ibn az-Zoubayr rapporte qu’il légua cinquante mille dinars dans le sentier d’Allah. Il légua aussi à chaque homme restant parmi ceux qui avaient assisté à Badr quatre cents dinars. Ils étaient cent.
Il ne craignait pas la pauvreté. Le Messager d’Allah ﷺ était ainsi. Lorsqu’il donna à un homme des ovins entre deux montagnes, l’homme retourna auprès de son peuple en disant : « Ô mon peuple, embrassez l’Islam, car Mouhammad donne comme celui qui ne craint pas la pauvreté. »
‘Abd ar-Rahmân laissa une quantité d’or que l’on coupa à la pioche. Il laissa quatre épouses. Le huitième de son héritage revenait aux épouses, et chacune reçut une part considérable. Il laissa aussi mille chameaux, trois mille brebis à al-Baqî‘, et cent chevaux en train d’y paître. Il cultivait à al-Jarf, un endroit irrigué par vingt chameaux, et il tirait de cela la subsistance de sa famille pour une année entière.
Il décéda en l’an 31 selon certains, et en l’an 32 selon d’autres. Il vécut soixante-quinze ans.
Conclusion
Lire les biographies des pieux, la biographie du Prophète ﷺ Mouhammad ﷺ et celles des nobles Compagnons donne de l’entrain dans les œuvres pieuses et permet de prendre exemple sur eux.
‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf fut un Compagnon éminent : parmi les premiers convertis, parmi les dix promis au Paradis, parmi les gens de Badr, parmi ceux de l’allégeance d’ar-Ridwân, savant, combattant, généreux, riche mais reconnaissant, ascète malgré ses biens, humble malgré son rang, scrupuleux face aux responsabilités, bon envers les proches, les pauvres et les Mères des Croyants.
Nous demandons à Allah, par Ses Noms sublimes et Ses Attributs élevés, de nous accorder Son amour, l’amour de Son Prophète ﷺ Mouhammad ﷺ, l’amour de Ses nobles Compagnons, et de nous ressusciter dans le groupe de Son Prophète ﷺ.
Ô Allah, fais les éloges, salue et bénis Ton serviteur et Messager Mouhammad, ainsi que sa famille et l’ensemble de ses Compagnons.
Interaction
